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From Vaudoux to Voodoo

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Eh! Eh! Bomba!

Souvenirs d'Amérique

The author of Souvenirs d’Amérique et de France par une créole is identified by a pencilled annotation on the Library of Congress copy as: Allain, Mme Hélène (d’Aquin). No date appears on title pages, but the author concludes her Préface with the remark that ‘J’écris cette première page le 22 JUILLET 1882’ (viii). The author’s parents migrated to New Orleans in 1836, ‘ruined’ by the abolition of slavery in the British West Indies (Preface). The author would have been three years old (p127).

Part One concerns Saint-Domingue and Jamaica. Part Two New Orleans. And Part Three Toulouse.


Deuxième Partie

Six months after the family’s arrival in New Orleans, her father died, and, soon afterwards, her sister Elisabeth, leaving her mother to bring up three children alone. But the author is not concerned to provide details of her own family. What she offers instead are

quelques souvenirs de la Nouvelle-Orléans, quelques détails ne manquant pas d’intérêt sur les nègres, leurs coutumes et leurs moeurs, sur les créoles que j’aime comme on aime sa famille' (p129).

But she then continues with this rather startling claim:

Et, pour cela, je n’ai qu’à citer Moreau de Saint-Méry. On peur appliquer une partie de ses appréciations si impartiales et si justes aux créoles de la Louisiane, ressemblant, j’ai hâte de le dire, de moins en moins chaque jour pour certaines choses, à leurs ancêtres des Antilles. Le temps n’est plus où une femme, nonchallamment étendue dans une chaise berceuse, se faisait éventer, des deux côtés, par de jeunes négrillons dont une demi-douzaine peut-être épiaient ses moindres mouvements et se précipitaient tous ensemble pour relever un mouchoir de fine batiste qu’une main aussi blanche qu’indolente avait laissé tomber, ou pour présenter un verre d’eau que demandaient, d’un accent languissant, des lèvres de corail: «Nestor, massé mouchoi moin… Nestor, ramassez mon mouchoir. Félicie, bail moin do leau… donnez-moi de l’eau.» Et il n’y aurait eu qu’un pas à faire pour atteindre le guéridon sur lequel une élégante potiche rafraîchissait au courant d’air.

Déjà, en 1836, les femmes louisianaises ne s’élevaient plus dans la mollesse et l’oisiveté; beaucoup pratiquaient les fortes vertus que la déplorable guerre de sécession de 1862 est venue généraliser; de nombreuses maisons d’éducation, et, surtout, le couvent des Ursulines, façonnaient à l’européenne des générations qui se sont améliorées par le malheur. [131]

Voici ce qu’écrivait, en 1796, l’homme éminent dont la vie, curieusement accidentée, s’est écoulée à Saint-Domingue, en France, à New-York, à Philadelphie, en Italie comme administrateur des Etats du feu duc de Parme et qui était à la fois observateur attentif, savant distingué, historien honnête, homme intègre (pp130-1).

Over the next forty pages the author reprints long sections from Moreau de St-Méry’s Description de la partie française de l’ile Saint-Domingue (1796). Specifically from (the headings are the author’s, and the reference – volume, page – also):

  • Des créoles blancs (I, 14ff) (pp132-35)
  • Des créoles blanches (I, 20ff) (pp136-39)
  • Des esclaves venus d’Afriques (I, 42ff) (pp139-41)
  • Des esclaves créoles (I, 52ff) (pp141-168): this includes several extracts: (a) description of the calenda, the chica and the vaudoux, the latter being more than a dance, and we get the full description of the ceremony, including the ‘Eh! eh!’ song in a footnote complete with MSM’s directions for pronunciation (p149) and taking us up to ref to loups-garous, paragraph ending ‘…trompée dans son attente’ (p156); (b) section on albinos; (c) section on physical suffering (resignation rather than bravery; instances of self-mutilation); (d) reflections on nature v nurture; (e) Negro myths of origin, their ways of marking death, and the creole language.
  • Ville du Cap (II, 208ff) (pp169-70).

The author continues (p171):

Quoique ma citation fût déjà bien longue, je n’ai pas su me refuser cette histoire faisant le pendant de celles de Dédé-Sophie et de Suzanne.

On comprendra facilement le plaisir que j’ai eu à lire Moreau de Saint-Méry quand je dirai que beaucoup de ces traits me sont familiers. Ma mère m’a cent fois parlé des Congos mangé banane -- (Congos, mangeurs de bananes) – des Ibos qui se pendent – (Ibos pend’cor a yo) – Varichié tan com’ Rada (Avare comme un Arada) des Mondongues mangé Moun (Mondongues mangeurs d’homme) des Congos, des Mines, de leurs coutumes et de leurs superstitions. Elle a vu plusieurs albinos à la Jamaïque et, moi-même, j’ai beaucoup entendu parler, à la Nouvelle-Orléans, des danses nègres.

Au temps où nous habitions le coin de la rue Quartier et de la rue Condé, la jolie place Jackson, en face la Cathédrale, n’existait pas encore, pas plus que la double rangée des maisons Pontalba que j’ai vu bâtir; la vieille église espagnole avait son cachet; on parlait toujours du vénérable père Antoine, de l’excellent abbé Mouni et les nègres dansaient encore [172] sur la place Congo! C’était fête, pour eux, tous les dimanches soirs, et blancs et noirs, esclaves et maîtres se pressaient derrière la forte grille qui séparait les danseurs de la foule. Je n’ai jamais vu, moi-même, ni connu quelqu’un qui eût vu, mais je me figure, par ce que j’en ai ouï dire, que ces danses étaient, identiquement, celles dont on vient de lire la description: Mon oreille a retenu le rythme bizarre sur lequel j’ai, maintes fois, entendu répéter autour de moi: «Dansé calinda, boudoum, boudoum!» - «Dansé calinda, boudoum! boudoum!» ou dire: Qué Bamboula ya pé fé!… Quel bruit ils font! Allusion évidente au tapage que faisaient les danseurs du Bamboula.

Et voici que toutes les vieilles chansons créoles me reviennent à l’esprit: le «Calalou» avec son accompagnement obligé du poing fermé, puis ouvert avec bruit, frappant en cadence, sur une table; le «Tan patate la chuite na mangé li, na mangé li! [»] – De même certains proverbes qui ne manquent point de piquant: Tout cabinet gagnié maringouins yo.. «Chacun a ses peines, ou mieux, il y a des ennuis partout!» Parole trop fort, mâchoire marrée. «On se tait quand il y a trop à dire.» La terre mouillée, la pluie tombée. «De gran- [173] des peines suivent les petites ou il pleut toujours sur le mouillé.»

Tout cela prouve que nos nègres louisianais ne le cèdent en rien aux nègres des vieilles colonies: danses, chansons, proverbes, ils ont hérité de tout; seulement, depuis quelques années, leur costume a subi les mêmes improvements que celui des paysans qui ne diffère plus maintenant, sauf dans quelques localités, de celui de l’habitant des villes. Le chapeau à plumes et à fleurs détrone, de plus en plus, le madras traditionnel; les plus riches étoffes, aussi bien que l’indienne, remplacent le gingas, la cotonade bleue d’autrefois; le nègre est libre en Louisiane, il ne danse plus sur la place Congo; il va à l’école, quand faire se peut, et il parle français ou anglais, plutôt que son patois dont il ne faut dire ni trop de bien, ni trop de mal: on l’interdit aux enfants, et il est joli dans la bouche des créoles.

Un trait à l’honneur des anciens maîtres et des anciens esclaves. Beaucoup sont restés sincèrement attachés les uns aux autres, depuis la guerre dont l’un des résultats a été l’abolition de la servitude aux Etats-Unis. Dans un grand nombre de familles, les esclaves affranchis ont conservé leur fonctions respectives, avec cette seule différence qu’ils sont payés au mois; ils continuent à soigner les enfants dont ils ont vu [174] grandir les mères; l’argent ne serait pas un motif pour eux; j’en connais qui ne quitteraient certainement pas leurs anciens maîtres ruinés par la terrible lutte qui a duré quatre ans, si ceux-ci ne pouvaient plus leur donner de gages.

Maintenant un mot des Vaudoux.

Au milieu d’une grande plaine qui, sans doute, est aujourd’hui toute couverte de maisons, il y avait, autrefois, un grand bâtiment de bois, peint en gris et à peu près isolé. Je me souviens du sentiment de terreur avec lequel mes jeunes compagnes et moi, quand nos promenades nous conduisaient de ce côté, nous nous écartions de ces murs sévères que n’entourait aucune verdure, que n’embellissait aucune veranda et qu avait, à nos yeux, quelque chose de mystérieusement effrayant. On nous avait dit: C’est là que s’assemblent les Vaudoux! … et nous aurions frémi si les ombres de la nuit nous avaient suprises trop près de ce qui était à nos yeux un antre [sic] infernal. J’entendais, de temps en temps, raconter que les Vaudoux étaient venus danser, la nuit, devant telle maison et qu’un enfant y était mort peu après … ou que telle personne avait une maladie, inexplicable pour les médecins, mais comment s’en étonner! On avait trouvé, en défaisant son oreiller,une couronne formée de branches épineuses auxquelles étaient entremêlés: crêtes de coqs, langues de cra- [175] pauds, cheveux humains, sonnettes de serpents, foie de volaille, et cent autres ingrédients, fort inoffensifs en eux-mêmes, mais dont le mélange ou la préparation composent, pour les nègres, un moyen d’empoisonnement.

D’autres fois, c’était, au contraire, une guérison subite attribuée à l’intervention bienveillante d’une négresses dévouée à ses maitres, et amie de la secte ou initiée à ses mystères.

Souvent les journaux narraient une descente dans ces sanctuaires de la superstition, de la folie, sinon du crime, et annonçaient la dispersion d’une bande de ces adorateurs de la couleuvre.Aussi, avec quel curieux intérêt je me trouvai un jour, par le plus grand hasard, en pour-parlers avec une reine des Vaudoux, reine déchue, certainement; mais enfin ces mains qui étaient bien faites, et dont presque chaque doigt était couvert de bagues fort riches, avaient tenu le sceptre! …

C’était en 1869, je crois; nous avions loué, pour travailler à notre jardin de la rue du Bayou, un petit nègre aussi intelligent que menteur et rusé. Il avait, paraît-il, l’habitude de passer, de temps en temps, la nuit dehors quand, après avoir dépensé au jeu de pile ou face ou à celui des caniques , le gain de ses journées, la peur [176] du châtiment l’empêchait de regagner le logis de sa grand’mère. A l’occasion d’une de ces escapades, la terrible aïeule se présenta chez nous, venant s’informer de son petit marron. Je n’avais plus treize ans… cette entrevue ne me causa donc aucun effroi, et j’eus même du plaisir à voir de près cette belle femme, aux traits réguliers, à l’oeil vif, au regard perçant et à la démarche imposante. Elle était grande; sa taille était bien prise; sa toilette recherchée, comme son langage; on voyait qu’elle visait à l’effet, autant par les nombreux bijoux qu’elle portait que par les expressions dont elle se servait. Elle s’exprimait très correctement, et même avec une certaine élégance; elle parlait de grands personnages qu’elle avait recontrés, d’un voyage en France, si ma mémoire n’est point infidèle; elle avait, à coup sûr, quelque chose d’une grandeur déchue et ne paraissait pas, du tout, méchante. Cependant Baptiste n’avait pas l’air de penser comme moi, et ce fut la tête bien basse qu’il reprit le chemin de la demeure jadis royale, après avoir défendu avec énergie ses oreilles d’un superbe noir, que menaçaient les doigts effilés de la grand’mère.
Donc, les pages de Moreau de Saint-Méry ont éveillé, en moi, mille réminiscences du passé; mes lecteurs me pardonneront-ils cette digression qui n’a rien d’édifiant?

[177] Je m’empresse de dire, pour ceux qui ne connaissent point la Nouvelle-Orléans, que la secte des Vaudoux n’y existe presque plus; que la police la poursuit inexorablement, depuis nombre d’années; et que, s’il y a encore de ces réunions ténébreuses, elles doivent se faire très rares de nos jours.


Source: Souvenirs d’Amérique et de France par une créole (Paris: Borguet-Calas, no date), pp171-77.

vaudoux

info@bulldozia.com 04 May 2008